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[En Essonne Réussir] Le grand entretien : "Les bases de l'économie francilienne sont saines"

Publié le 31 Mai 2024
Jean-Pascal Prevet est directeur régional Île-de-France de la Banque de France. Il répond à nos questions sur la conjoncture économique et la situation de l’économie régionale.

Le PIB a progressé de 0,9 % en 2023, est-ce un peu mieux qu’espéré en début d’année ?

Nous nous attendions à ce résultat même si notre environnement n’était pas toujours enclin à nous croire. Début 2023, nous pensions que l’économie française pouvait supporter la hausse des taux d’intérêt sans que cela ne provoque une récession. De fait, la croissance a été ralentie tout en restant positive. Pour 2024, les prévisions sont du même ordre et ce sera une année de transition qui confirmera que nous n’entrons pas en récession. La croissance restera faible mais dans un contexte de désinflation, favorable au pouvoir d’achat des ménages. On est passé d’un taux de l’ordre de 7 % (février 2023) à un taux proche de 3 % (janvier 2024).

Justement, cette prévision de 0,9 % en 2024 n’est-elle pas trop prudente ?

L’année commence avec une faible croissance. D’après nos enquêtes de conjoncture, la croissance au premier trimestre se situe entre 0,1 et 0,2 %. Nous pensons qu’il y aura une accélération en cours d’année et que nous pourrions finir à 0,9 %. Cette croissance aura toutefois une structure un peu différente de celle de l’an passé. En 2023, du fait de l’inflation, les ménages ont réduit leur consommation. À l’inverse, l’activité des entreprises, l’investissement et le commerce extérieur ont tiré la croissance vers le haut. En 2024, ce sera l’inverse parce que la désinflation est forte et que les salaires vont progresser plus vite que l’inflation, entraînant des gains de pouvoir d’achat. Par contre, la contribution de l’investissement des entreprises va diminuer tout en restant positive et celle du commerce extérieur devrait même devenir négative.

Peut-on dire que l’économie francilienne fait mieux que celles des autres régions ?

Dans nos enquêtes sur l’évolution de l’activité, nous constatons que l’Île-de-France surperforme par rapport aux autres régions. C’est le cas pour le secteur de l’industrie ou celui des services marchands. En revanche, pour le secteur de la construction, elle se situe à un niveau similaire à ceux des autres régions. En 2024, et selon les anticipations des chefs d’entreprise, l’Île-de-France restera un peu au-dessus, en particulier grâce aux services marchands qui vont très bien se comporter.

Comment jugez-vous les bases de l’économie francilienne ?

Les bases de l’économie sont saines et pour plusieurs raisons. Il faut d’abord retenir la très forte densité du tissu économique. On y relève, par ailleurs, la présence de grands groupes très puissants et on note une répartition de la valeur ajoutée satisfaisante avec une importance déterminante des services marchands. Le constat est vrai partout mais particulièrement en Île-de-France avec des éléments essentiels comme le tourisme ou les activités de conseil. Il faut encore mentionner la qualité des infrastructures franciliennes, qui seront à nouveau renforcées avec la mise en service du Grand Paris Express, ou encore une activité industrielle dynamique, notamment dans les secteurs de la construction automobile, de l’aéronautique ou encore de la cosmétique.

Peut-on à présent espérer une baisse significative des taux d’intérêt en 2024 ?

es taux d’intervention de la Banque centrale européenne (BCE) ont fortement monté en 18 mois, mais depuis septembre dernier ils ont atteint un plafond. Ce qui est quasi-certain, sauf choc imprévu et majeur, c’est qu’il ne devrait plus y avoir de hausse des taux et l’on pourrait même observer les premières baisses de taux en 2024. Cela va dépendre du rythme de la baisse de l’inflation. Actuellement, elle se situe à environ 3 % : c’est encore trop par rapport au 2 % du mandat de la BCE. Nous sommes confiants et pensons atteindre ce dernier taux vers la fin de l’année ou au début de l’an prochain. La probabilité des baisses de taux est assez forte.

Le nombre de défaillances d’entreprise s’est envolé de 35,6 % en un an en Île-de-France. Cette tendance peut-elle perdurer, alors que des entreprises anticipent des difficultés de trésorerie ?

Il s’agit plutôt d’un rattrapage par rapport à l’absence de défaillances dans le passé récent. Pendant la crise sanitaire, le niveau de défaillances s’est effondré car grâce aux aides massives, comme le prêt garanti par l’État (PGE) et diverses mesures de soutien, les entreprises ont résisté. Avec le retour à des règles normales de fonctionnement et le ralentissement de la croissance, certaines entreprises ont du mal à faire face. Globalement, les entreprises ont le sentiment d’une dégradation de leur trésorerie mais nous ne voyons pas augmenter les incidents de paiement. Par ailleurs, il y a toujours la possibilité de recourir à des restructurations de PGE. Nous n’avons donc pas d’éléments pour dire que la situation va empirer mais cette dernière appelle à la vigilance.

Quels secteurs pourraient être les plus performants en 2024 ?

Les services marchands devraient confirmer leur dynamisme, à peu près dans tous les segments. On anticipe, par contre, un ralentissement fort dans l’industrie, notamment dans la fabrication de matériels de transports, mais sans récession. Enfin, la contraction de l’activité dans la construction devrait se confirmer. Le début de l’année n’est pas mauvais car des chantiers non terminés fin 2023 ont été reportés en 2024, mais le nombre de permis de construire est en baisse et les carnets de commandes sont nettement moins remplis. Le Gouvernement prend des mesures pour construire plus et mieux. Ce qui pourrait aussi aider c’est la poursuite de l’infléchissement des taux d’intérêt des crédits immobiliers. La demande n’est pas encore revenue car les prix restent aussi élevés. Mais les deux facteurs commencent à se réajuster.

Propos recueillis par E.Vilmos

 

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BioExpress

Au poste de directeur régional Île-de-France depuis décembre 2018, Jean-Pascal Prevet coordonne les actions de la Banque de France dans les huit départements franciliens. Titulaire d’une maîtrise d’économétrie obtenue après des études supérieures à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il est entré à la Banque de France en 1987 où il a d’abord été chargé d’études sur la préparation de l’Euro. Il a, par la suite, occupé plusieurs postes d’adjoint puis de directeur en régions.

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«L'Île-de-France superforme par rapport aux autres régions. C'est le cas pour le secteur de l'industrie ou des services marchands.»